L'homme se plaignit à Dieu. Et Dieu lui répondit:
— J'attendais ta réclamation, et je gardais précieusement dans le creux de ma main une parcelle du souffle divin que j'ai mis en toi et que j'ai appelé ton âme.
— Qu'en voulez-vous faire, Seigneur? demanda l'homme. - Un chien plus intelligent que celui-là. Et Dieu montrait le ramoneau. Le lendemain, en s'éveillant, Adam vit auprès de lui un bel épagneul marron et blanc, taché de feu. Le chien avait l'oeil mélancolique, et il vint caresser tristement son premier maître.
— Qu'il est beau! murmura l'homme en passant la main sur sa robe soyeuse et lustrée. Et comme Dieu apparaissait:
—Pourquoi donc, Seigneur, demanda l'homme, ce superbe animal a-t-il le regard si triste?
— Ah! répondit le Créateur, c'est que j'ai mis en lui un peu de l'âme humaine, et qu'il est plus près, comme intelligence, de l'homme que de l'animal. Seulement je lui ai refusé le don de la parole, et c'est de là que lui vient sa tristesse, car il ne peut pas toujours formuler clairement sa pensée.
Ce n'est pas un chien que je te donne, acheva l'Esprit céleste, c'est un ami. Le premier chien que j'ai créé avait un instinct, mais celui-ci est doté d'une âme.
Les Chiens de chasse, récits d'automne par M. A. de Ponson Du Terrail, 1863